Critique Danse Spectacles

« NÄSS » : STANDING OVATION POUR FOUAD BOUSSOUF

CRITIQUE. « Näss » création pour 7 danseurs de Fouad Boussouf, Cie Massala au « Festival LEZARTS, danses urbaines 2020 » – Évènement organisé par Lezarts Urbains en collaboration avec le KVS, au KVS à Bruxelles – 07 & 08/03/2020 (*)

Pour sa 16ème édition, le Festival Lezarts Danses Urbaines met à l’honneur les créations hip-hop belges en partenariat avec le KVS- Koninklijke Vlaamse Schouwburg de Bruxelles. Des artistes venus de France et de Belgique vont ravir le public de divers horizons, un mélange multiculturel de tout âge.

Assis sur leur chaise, avec un plaisir évident, les spectateurs prennent du plaisir, se tortillent, au rythme du hip-hop, house, krump, lock, break, popping ou encore waacking. Une programmation construite en partie avec le collectif de jeunes danseurs « Kwanzaa » rassemblé par Lezarts Urbains. On compte également sur des sessions musicales animées par le DJ Sonar. Un côté festif et convivial qu’offre dans son enceinte le très beau théâtre KVS.

Mais si ce Festival haut en couleur, mérite sincèrement le détour, ce n’est rien comparé à l’excellente et impressionnante interprétation de NÄSS, une création pour 7 danseurs du talentueux et incontournable Fouad Boussouf de la Cie MASSALA. 55 minutes de pur bonheur avec juste l’envie que ça ne s’arrête jamais ! Sur une scène épurée, sobre, sombre et à la fois éclairée par un mur blanc dans le fond. Les artistes sont dos au public, le visage presque collé au mur. Quelques minutes ainsi font penser à la prière, et en effet, c’est ce qu’ils représentent. Qui a-t-il de l’autre côté de ce mur ? Espoir ou détresse, amour ou tristesse ? Fouad Boussouf nous raconte dans un souffle, dans un geste, toute la thématique de l’humain. Une création franco-marocaine à succès, et pour cause, elle jouera prochainement à New York, entre autres villes. Näss est un mélange de danse et de musique traditionnelles du Maroc où l’artiste a grandi. Des sensations fortes et impressionnantes issues de communautés d’Afrique du Nord. Mais pas seulement, on y reconnait des sons rythmés irlandais ou encore espagnols, tel le flamenco lorsque les danseurs tapent des pieds, nus, sur la scène.

Captivant ! Tout est en intensité, puissance, des danseurs en transes, dont la fatigue se ressent sur scène et devient le spectacle même, tant l’émotion et les muscles tendus par l’effort deviennent beauté, élégance, légèreté, tout dans la pudeur, dans le mouvement, avec parfois le son de cris et des regards qui percent le sens de tous les spectateurs. En effet, pas de mots, mais des mouvements de la tête et du corps accompagnent les artistes en musique tantôt effrénée, tantôt en douceur, énergique. On a qu’une envie, monter sur scène avec eux. Impossible d’ailleurs, de préférer un danseur plutôt qu’un autre, tant ils sont en harmonie dans un respect mutuel, qui tient jusque dans leur moindre mouvement ensemble ou séparés sur les planches. On ne détache qu’à peine les yeux de celui qui va se retrouver à un moment au centre, de ceux qui, ensemble, tournoient autour de lui. Magique !

Une mise en scène magnifique et intelligente de Fouad qui nous transporte dans un univers bien à lui, tout en étant dans le partage. Il amène ses danseurs à ne faire qu’un seul tout en pudeur, jusqu’à en oublier l’effort et faire ressortir la force de leurs muscles, de leur énergie, de leurs incroyable talent de danseurs. Les costumes simples, discrets, amples, les danseurs pieds nus, donnent une touche de simplicité qui uni le public aux artistes, tant il est possible d’y reconnaître tout un chacun.

La programmatrice chargée de diffusion du festival, Flora Chassang, souligne le souhait de sortir « du cliché du breakdancer qui tourne sur sa tête, que le grand public se fait des danses urbaines » et l’on peut dire que son point de vue devient une évidence lorsqu’on assiste au Festival. Les groupes qui défilent sur scène ont, sans nul doute, attiré l’attention et l’envie de les suivre bien au-delà de ce qu’on peut imaginer.

Très bons les groupes comme Hendrickx Ntela & Joëlle Sambi (krump & slam) ; Kwanzaa (danse hip-hop) ; Musicality Is The Key de Cie Air Blow (beat box, breakdance, deejaying et acrobaties) ; Temps Danses Urbaines (dans hipo-hop). Ainsi qu’une création pour 6 danseurs (Be) Crew FUNKY FEET qui, on peut le dire, ont fait impression pendant les 25 minutes qu’a duré leur prestation. Intéressant : « Au Fil du Temps », une création pour 4 danseurs de la Cie Corpeaurelles, une compagnie qui propose un spectacle qui parle de la mise à l’écart des femmes issues de l’immigration. Sarah Bidaw, Samantha Mavinga, Hendrickx Ntela et Raquel Suarez Duenas, venues de Belgique et de France, un vrai régal pour les yeux et les sens. « Au Fil du Temps » est une première création, et franchement, on en redemande.

« Festival LEZARTS, danses urbaines 2020 » un Festival qui vaut le détour, vivement l’année prochaine. Quant à « Näss » : absolument incontournable, divin.

J’y vais, et j’y retourne sans aucun doute. Même à New-York s’il le faut ! Et je découvre son nouveau spectacle* !

Julia Garlito Y Romo

(*) Le nouveau spectacle de Fouad Youssouf « Oüm » se joue d’ailleurs les 28 et 29 mars à Darmstadt en Allemagne et le 30 mars à Hanovre.

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