Critique Liège Spectacles Théâtre

« CEUX QUE J’AI RENCONTRES NE M’ONT PEUT-ÊTRE PAS VU », UNE IMMERSION EPOUSTOUFLANTE DANS LE QUOTIDIEN DES DEMANDEURS D’ASILE

CRITIQUE. « CEUX QUE J’AI RENCONTRES NE M’ONT PEUT-ÊTRE PAS VU » – de et par le Collectif Nimis Groupe, au Manège Fonck à Liège – Les 28 et 29/11/19, 3 représentations sur 2 jours – Le 3/12/19 à 18h00 et le 4/12/19 à 20h00 au KVS, Théâtre Royal Flamand, Bruxelles.

Standing ovation largement méritée !

Le spectacle : intense, poétique, sensible, fort, artistiquement impressionnant : « Ceux que j’ai rencontrés ne m’ont peut-être pas vu ». Histoires de vies tout en émotion, non sans humour : attention, vous allez être touchés !

On découvre sur scène un carré de pelouse, un grand écran, un studio de télévision, des tables, des chaises: un bureau ? un restaurant peut-être ? Spacieux, sobre, le regard du spectateur est happé par la curiosité. Les comédiens déjà en place, saluent tout sourire, le public qui arrive. L’accueil est sympathique et chaleureux, les spectateurs sont ravis. La salle est comble.

Le brouhaha stoppe soudain: une voix off avertit les spectateurs en anglais : « Attention, vous pouvez être coupable de délit de solidarité envers des personnes illégales. Vous avez 40 secondes pour quitter la salle …». La voix féminine est surtitrée en français. Sur scène, 13 comédiens montrent la sortie aux spectateurs.

D’entrée, les acteurs frappent fort. Le sentiment de sérieux teinté d’humour capte immédiatement l’attention, rien ne sera dissimulé, ici, pas de langue de bois, mais des histoires. Des récits emplis d’injustices, de réalités et d’espoir.

La Convention de Genève ratifiée en 1951 qui n’a plus sa place dans l’actualité d’aujourd’hui, et pourtant dicte sa loi contradictoire; où il est possible de quitter son pays mais pas d’entrer dans un autre; des situations grotesques liées à la possession de passeport ou non; les contrôles aux frontières; des murs de barbelés; des données qui peuvent paraître dérisoires et qui pourtant ne sont que la triste réalité. Un parcours semé d’embûches pour les demandeurs d’asile, et au delà, l’espoir. Voilà ce que vont nous raconter pendant près d’1h40 des comédiens haut en couleur. On en apprend des choses au fil des récits, et certainement l’envie d’ouvrir les esprits.

L’Europe en prend pour son grade, mais pas seulement, l’attitude de certains citoyens dont les réactions absurdes et aberrantes face aux migrants témoignent d’une méconnaissance des réalités bien trop souvent déformées.

On croit tout savoir du parcours des demandeurs d’asile, des politiques migratoires en Europe. Que non! « Ceux que j’ai rencontrés ne m’ont peut-être pas vu » est un spectacle coup de poing . Une immersion époustouflante dans le quotidien des demandeurs d’asile dans les centres d’accueil en Europe, les séances d’interrogatoires au Commissariat Général des Réfugiés Apatrides (CGRA) … La pièce met l’accent sur le volet économique de la migration.

A la fois drôle et grave, elle questionne, déconstruit le business européen autour de la migration. Magnifiquement interprétée par les 13 comédiens, le spectateur est touché dans l’âme. Impossible d’y rester insensible.

Mise en scène et comédiens : Un spectacle qui s’inscrit dans le cadre de « Corps Migrants: récits et présences » (porté par Uliège) (**). Si la conception et la mise en scène sont du NIMIS Groupe, à savoir : David Botbol, Romain David, Jérôme de Falloise, Yaël Steinmann, Anne-Sophie Sterck, Sarah Testa et Anja Tillberg (toutes et tous comédiens), les comédiens Dominique Bela, Jeddou Abdel Wahab, Samuel Banen-Mbih, Tiguidanké Diallo, Hervé Durand Botnem et Olga Tshiyuka non seulement participent à la mise en scène de leurs propres rôles, mais sont à la base de l’écriture du texte. Sans eux, la pièce n’existerait pas. Une mixité remarquable sur scène.

Si les avis peuvent diverger en ce qui concerne l’Europe et ses institutions, impossible de ne pas saluer l’énorme travail de recherche du Collectif NIMIS groupe (pas moins de 3 ans) et, le moins que l’on puisse dire c’est que le vécu des 6 comédiens africains laisse des traces dans nos consciences, nous oblige à la réflexion. Il est clair qu’ils sont maintenant passés de l’invisibilité délibérée de la société européenne (et bien au-delà ) à la lumière, avec un talent certain. Au diable les préjugés! Un « migrant » n’est ni un numéro, ni un être sans vie et sans passé; ils sont issus de toutes les couches sociales et en matière de professionnalisme n’ont rien à envier à personne (dans ce cas-ci certains ont fait le Conservatoire de Liège). Autrement, sortir du cliché de paternalisme pour se rendre à l’évidence de leur légitimité.

Vous ne les aviez pas vus au cours de cette rencontre ? Maintenant vous ne les oublierez pas : « Ceux que j’ai rencontrés ne m’ont peut-être pas vu », un spectacle à découvrir ou à revoir, sans aucun doute ! (*) Standing ovation absolument méritée durant deux des représentations. Une troisième jouée devant des enfants et adolescents qui ne l’ont pas moins appréciée.

Julia Garlito Y Romo

(*) Le 3/12/13 à 18h00 et le 4/12/19 à 20h00 au KVS, Théâtre Royal Flamand, Quai aux Pierres à Bruxelles. Attention, affiche déjà complet les 2 jours.

(**) Une rencontre littéraire autour de l’ouvrage « Ceux que j’ai rencontrés ne m’ont peut-être pas vu » (collection « Les voies de la création culturelle » porté par Arsenic) s’est tenue lors des festivités, ainsi qu’une exposition photos, portant même titre, de Laurence Vray.

Assistants : Pierrick De Luca, Sarah Hebborn, Olivia Harkay / Médiation culturelle : Olivia Harkay/ Directeur technique : Nicolas Marty, Julien Courroye / Création vidéo : Yaël Steinmann & Matthieu Bourdon/ Création sonore : Julien Courroye / Création Lumière : Pierre Clément, Alice Dussent
/ Régie Lumière : Nicolas Marty / Régie Son : Florent Arsac / Régie Vidéo : Gauthier Roumagne / Chargée de production : Quai 41 / Christine Cloarec / Diffusion : Bérengère Deroux / Coordination : Edith Bertholet / Prod. : NIMIS groupe / Coprod. : Théâtre National/Bruxelles, le Festival de Liège, La Chaufferie-Acte1, le Groupov, Arsenic 2.

Avec le soutien de/du : Festival de Liège, la faculté Philosophie et Lettres d’Uliège, Le Centre culturel de Liège Les Chiroux, la Fésdération Wallonie=Bruxelles, La Province de Liège = §Culture TempoColor, La Cité Miroir, l’association Casa de Nicaragua et les Territoires de la mémoire, , Arsenic 2, TNB de Rennes, L’Ancre/Charleroi, le Théâtre de La Croix-Rousse (Lyon), le Festival Sens Interdits (Lyon), l’ESACT (Liège), le Théâtre de Liège, Migreurop, l’Université de Liège, La Halte (Liège).

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