Critique Spectacles Théâtre

« LA MACHINE DE TURING », EBLOUISSANT BENOIT SOLES

CRITIQUE. La machine de Turing – De Benoit Solès – Mise en scène : Tristan Petitgirard – Acteurs : Benoit Solès, Amaury de Crayencour – théâtre de Louvain-la-Neuve, octobre 2019.

Qui est Alan Turing ? La machine de Turing raconte l’histoire de ce mathématicien (1912-1954), qui changea le cours de l’histoire. C’est lui qui, durant la seconde guerre mondiale, réussit à décrypter le code de cryptage « Enigma » des nazis. Les historiens estiment que sa découverte permit d’éviter des centaines de milliers de morts et d’abréger la guerre. D’autre part, comme l’indique le titre de la pièce, il jeta les bases de l’informatique, en posant les premiers jalons de ce qui allait devenir les ordinateurs aujourd’hui omniprésents dans nos vies.

Après son succès au festival Off d’Avignon, la pièce continue sa tournée en passant par le théâtre de Louvain-la-Neuve. La salle est comble. Benoît Solès est l’auteur de cette pièce, son écriture est juste et puissante, sans jamais verser dans le pathos. Tristan Petitgirard met en scène avec tact et élégance les deux acteurs. Benoit Solès lui-même en personnage principal, habité par Alan Turing, est tantôt gauche et mal à l’aise, tantôt surhumain et génial quand il parle mathématiques. Il faut saluer aussi la prouesse d’acteur d’Amaury de Crayencour qui incarne un éventail de rôles secondaires : le sergent enquêteur Ross, son amant Arnold Murray, le champion d’échecs Hugh Alexander, tous avec justesse et virtuosité. Quelle diversité de jeu et quelle ingéniosité dans la trame qui joue habilement des flashes-back !

Tout concourt à la perfection de la pièce : le décor d’Olivier Prost est simple et sobre. Sur scène, seuls un bureau et un panneau lumineux qui est tantôt une bibliothèque, tantôt un paravent ou la fameuse « machine à penser ». Le travail vidéo de Mathias Delfau ajoute à la montée du suspens, qui devient insoutenable pour le spectateur. Car oui, la question n’est pas seulement de savoir quand et comment Alan Turing a déchiffré le code nazi, mais surtout comment cet homme bègue et mal à l’aise, avoue son homosexualité dans une Grande Bretagne puritaine. La loi qui a brisé la carrière de Turing, après avoir envoyé Oscar Wilde en prison, ne fut abrogée en Angleterre qu’en 1967. Alan Turing, lui, se suicida en 1954.

Benoit Solès nous bouleverse et nous touche. Il réussit en deux heures, avec ce texte concis, à retracer le parcours de cette personnalité hors du commun qu’était Alan Turing. Turing voulait peut-être, comme le suggère son auteur-interprète, percer le plus grand des mystères : « qui sommes-nous ? D’où venons-nous et où allons-nous ? ». On ne sort pas indemne de cette pièce.

Colombe Warin

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