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BD. « LE RAPPORT W »: J’ÉTAIS INTERNÉ VOLONTAIRE A AUCHWITZ

BANDE DESSINEE. La chronique BD de Philippe Degouy.
« Le Rapport W. Infiltré à Auschwitz ». Roman graphique de Gaétan Nocq. Editions Daniel Maghen, 250 pages, 29 euros environ. 

S’il ne fallait sélectionner qu’un seul album parmi les BD publiées ce premier semestre, ce Rapport W constituerait notre premier choix. Tant pour son sujet que sa qualité graphique. Une lecture qui ne laisse personne indifférent.

« La mémoire, c’est notre culture. Essentielle à l’heure où les totalitarismes, le racisme, l’antisémitisme sont encore à l’affût. » Ces propos sont ceux de Gaétan Nocq, dessinateur, mais également peintre et auteur de ce roman graphique qui ne peut être passé sous silence. De par la force de son récit et son sujet pour le moins original et méconnu. Publié aux éditions Daniel Maghen, « Le Rapport W » relate une extraordinaire histoire. Celle d’un officier polonais, Witold Pilecki, qui, en septembre 1940, décide de se faire interner volontairement à Auschwitz sous le pseudonyme de Tomasz Serafinski. Son but : mener une mission de renseignement au profit des Alliés et susciter un soulèvement parmi les prisonniers polonais. Toujours, Pilecki gardera intact son rôle de soldat, d’espion infiltré. Non sans épreuves douloureuses à subir, comme la découverte des premiers gazages effectués sur les prisonniers soviétiques puis sur les civils polonais. Une scène qui donne lieu à une planche insupportable. Avec des piles de chaussures, de sacs, et une poupée d’enfant. Terrible.

Et quand l’espion comprend que nulle aide ne viendra de l’extérieur malgré les rapports transmis, il s’évade dans la nuit du 26 au 27 avril 1943.

18 mois en enfer

Ce « Rapport W » n’est pas une BD comme une autre. Elle se lit davantage comme un reportage, basé sur un document historique, le rapport Pilecki. Page après page, le lecteur accompagne le héros au quotidien et subit lui aussi le côté arbitraire, absurde de l’administration nazie. Outre le récit qui déroute, donne parfois la nausée face à cette horreur, l’auteur livre des planches magnifiques, froides, avec des couleurs qui alternent entre des nuances de bleu et de rouge. Pour former un décor flou dans lequel évoluent les intervenants de ce drame. Des êtres qui sont déjà en enfer, entre nuit et brouillard. Un graphisme qui accentue encore le côté glaçant de l’histoire.

Tout cela aboutit à un album puissant, un éprouvant voyage au coeur de l’univers concentrationnaire. Plus qu’un portrait d’une période noire de l’histoire, « Le Rapport W » constitue surtout un véritable roman d’espionnage. Avec enquête, noms de code, réseaux, matricules… Un roman vécu en huis-clos, essentiellement entre les grillages d’un camp où chacun n’est qu’un mort en sursis.

Une BD complétée par le dossier historique rédigé par Isabelle Davion, maîtresse de conférence à Sorbonne Université. Elle apporte son éclairage historique sur l’importance de cette infiltration qui n’a pourtant pas eu l’effet escompté sur les Alliés. Il reste le courage de cet officier polonais qui finira fusillé pour espionnage en mai 1948. Menacé, il n’a jamais cédé. Ni devant Hitler, ni devant le régime communiste polonais inféodé aux Soviétiques.

Philippe Degouy

rapport w

Couverture : éditions Daniel Maghen

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