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BD : L’ABOLITION DE LA PEINE DE MORT, LE COMBAT DE BADINTER

BANDE DESSINEE.La Chronique BD de Philippe Degouy
« L’abolition ». Le combat de Robert Badinter – Roman graphique – Scénario de Marie Gloris Bardiaux-Vaïente, dessin de Malo Kerfriden. Editions Glénat, 128 pages, 17,50 euros environ.

Avocat engagé, Robert Badinter a passé une large part de sa vie professionnelle à se battre contre la peine de mort en France. Un combat gagné en 1981 avec le soutien du président Mitterrand. L’Abolition raconte cette lutte, loin d’être gagnée d’avance. Par Philippe Degouy

« Un jour, tu iras jusqu’au bout. Et quand ce sera fini, alors tu seras devenu un avocat« . C’est en pensant à ces propos tenus par son maître à penser Henry Torrès, que Robert Badinter entame son combat pour mettre fin à la peine de mort en France. Ce spectacle affreux d’un corps coupé en deux sous la lame de la guillotine. Comment oublier ce cri rageur lancé par l’avocat Badinter lors du célèbre procès Bontemps/Buffet : « c’est la mort que vous réclamez, pas la justice. »

Sur le scénario, engagé, rédigé par Marie-Gloris Bardiaux-Vaïente, Malo Kerfriden livre des planches mises en page comme la scène d’un théâtre, avec les lecteurs en guise de public. Un album réalisé en noir et blanc, parfait pour incarner le côté dramatique de ce roman graphique, « L’Abolition », publié aux éditions Glénat.

Robert Badinter, cet avocat marqué par plusieurs procès d’envergure, dont celui de Patrick Henry, kidnappeur et assassin du petit Philippe. Une affaire qui avait bouleversé la France. « Celle qui a peur » comme le déclarait en 1976 le journaliste Roger Gicquel. Il en a fallu du courage à Badinter pour s’opposer à un public français largement partisan de la peine de mort. Un avocat qui a pu compter sur un soutien de poids, François Mitterrand. Devenu président de la République et partisan, lui aussi, de l’abolition de la peine de mort en France.

Ce sera chose faite le 9 octobre 1981. La France devient le 36e Etat dans le monde à abolir la peine de mort. Les bourreaux sont mis à la retraite anticipée et la guillotine mise au placard. Avec cet épilogue survenu en ce début des années 80, Robert Badinter et ceux qui ont suivi son combat, peuvent enfin souffler et mesurer le chemin parcouru depuis 1792. Année qui a vu le premier condamné passer la tête dans la guillotine. Un engin abominable qui a tourné à plein régime sous la Révolution française avec plus de 40.000 exécutions. Un bilan effroyable qui confirme les propos tenus par Victor Hugo, « la peine de mort est le signe spécial et éternel de la barbarie. »

Avec ce roman graphique, davantage un document judiciaire qu’une BD, le lecteur ne peut que ressentir un certain trouble. Cette lecture ne peut laisser personne indifférent. On en ressort bouleversé et admiratif pour cette lutte menée par l’avocat Robert Badinter. Ultime paradoxe, la fin des exécutions en France a sauvé la tête du bourreau nazi Klaus Barbie, responsable de la mort du père de Robert Badinter dans le camps de Sobibor. « Pour lui non plus, la sanction capitale ne devait être possible » avait répondu Badinter à ses détracteurs.

Philippe Degouy

l'abolition

Couverture : éditions Glénat

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