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BD: LINO VENTURA, L’HOMME SANS PREFACE

BANDE DESSINEE. « Lino Ventura et l’oeil de verre ». Scénario d’Arnaud Le Gouëfflec, dessin de Stéphane Oiry. collection 9 1/2. Editions Glénat, 145 pages, 22,50 euros environ

Avec leur nouvelle collection 9 1/2, les éditions Glénat ouvrent un ciné-club dédié à des pointures du cinéma. Une redécouverte de talents présentés sous la forme de romans graphiques. Avec « Lino Ventura et l’oeil de verre », Arnaud Le Gouëfflec au scénario et Stéphane Oiry au dessin ont visé haut pour débuter cette collection.

« Désolé, mais personnellement, le côté bande dessinée ce n’est pas pour moi. » Dès la première planche de l’album, Lino Ventura, en mode catcheur, les mâchoires serrées, annonce la couleur. C’est connu, l’homme est pudique et n’aime pas se raconter. Il ne comprend toujours pas pourquoi on le traite en star depuis ses débuts avec Gabin. « J’ai fait acteur, et je peux vous dire que c’est vraiment le fruit du hasard » déclare Lino Ventura au journaliste Merlin qui tente de répondre à une question : « qui est Lino Ventura ?  » Comme un poisson pilote qui navigue autour de son requin, Merlin retrace, non sans mal, les grandes étapes de la carrière et de la vie de son sujet. Un acteur bien peu disposé à lui faciliter la tâche. Sur le scénario bien documenté, dans lequel la fiction se mélange habilement à la réalité, le dessin de Stéphane Oiry parvient à restituer les mimiques de l’acteur et ce regard si particulier. Qui se reflétait dans l’objectif de la caméra, ce fameux oeil de verre dans lequel Lino Ventura cherchait ses réponses.

Plus qu’une biographie, « Lino Ventura et l’oeil de verre » (éditions Glénat) invite au voyage, de l’Italie à la France, en compagnie de cet acteur pudique et à la filmographie riche et variée. Dont chaque oeuvre a été minutieusement choisie par l’acteur. Pour que les films tournés ne puissent heurter la sensibilité de sa famille. Des choix, bons ou mauvais, qui ont écarté de grands rôles, comme celui joué par Philippe Noiret dans Le Vieux fusil ou cet autre, joué par François Truffaut dans Rencontre du troisième type.

Un roman graphique qui se savoure planche par planche, pour le plaisir de retrouver un monument du cinéma français. Lieu commun certes, mais l’acteur, taillé dans un seul bloc, a laissé une telle empreinte que son départ reste, aujourd’hui encore, impossible à accepter. La mort de Lino Ventura est traitée avec pudeur par les auteurs. Ils font dire à l’acteur une réplique, inventée sans doute, mais crédible : « Je n’ai pas peur de la brutalité de la mort, mais de m’absenter. »

Philippe Degouy

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