Critique Danse Spectacles

« VESSEL » : ALIEN ON THE BEACH

CRITIQUE. « VESSEL » – Chorégraphie DAMIEN JALET – Musique MARIHIKO HARA, RYUICHI SAKAMOTO – Dansé par AIMILIOS ARAPOGLOU, NOBUYOSHI ASAI, MAYUMU MINAKAWA, RURI MITOH, JUN MORII, MIRAI MORIYAMA, NAOKO TOZAWA – La Monnaie – De Munt, Bruxelles – les 2 et 3 avril 2019.

Le chorégraphe belge Damien Jalet nous enveloppe, dès l’ouverture de la pièce, dans une atmosphère intime et mystérieuse, en laissant la musique nous prendre au corps pendant quelques minutes intenses, avec juste quelques notes de musique, dans le noir. Enfin, la scène s’éclaire et apparaissent des corps qui s’amalgament sans distinction précise ni de leurs contours, ni de leur sexe (ils sont pourtant nus). Le plus troublant sans doute, ce sont des corps sans tête. Qui sont-ils ? Combien sont-ils ? Au milieu de la scène de La Monnaie, d’un noir étincelant, se dresse un majestueux nénuphar blanc posé sur l’eau. Que représente-t-il ? Un placenta ? Une fleur ? Une masse vivante et maternelle ? Que de questions…

Ne vous attendez pas à un spectacle de danse au sens classique du terme, c’est une œuvre d’art qui se développe sous nos yeux, dans la magnifique lumière blanche et noire de Yukiko Yoshimoto. C’est un tableau vivant que nous donne à voir le plasticien japonais Kohei Nawa. Tout d’un coup, des bruits d’eau, puis des mouvements saccadés, les corps se réveillent et se séparent. Ils sont sept. Et ils se mettent à jouer avec l’eau de la scène, à rire au son de la musique. Ils nous parlent de vie, d’enfantement peut-être (le nénuphar comme source d’enfantement) et de force vitale en mélangeant des sons aussi différents que ceux du folklore celtique, du shintoïsme et du shugendo, une tradition spirituelle nippone dont la pratique repose sur une vie ascétique en montagne.

Sur cette composition originale de Marihiko Hara, le spectateur est subjugué par cette fusion entre la nature et un monde mi-féérique, mi-mythologique. Décidément habitée par la figure maternelle et le lait nourricier, la pièce se termine dans une alchimie parfaite entre les éléments que sont l’eau, le lait et la brume. Celle-ci envahit peu à peu toute la scène et engloutit le dernier corps. On salue la véritable performance des sept danseurs, tant la souplesse des corps est exemplaire, ce n’est qu’à la fin du spectacle que l’on découvrira la tête des danseurs et on connaîtra leur sexe : trois femmes et quatre hommes. Mais quelle importance : c’est le corps qui est magnifié (parfois torturé mais toujours avec grâce) par Damien Jalet. La dernière est ce soir, ne manquez pas ce moment envoûtant de poésie !

Colombe Warin

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Photos Yoshikazu / La Monnaie

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