Critique Spectacles Théâtre

PAUVRE « CALIMERO » NE DECOLLE PAS

CRITIQUE. « Caliméro » – de Transquinquennal – Au théâtre des Tanneurs jusqu’au 30 mars 2019

« Pourquoi rien ne change alors que tout le monde le veut ? Avons-nous peur de perdre notre place dans le monde ? Et les trois membres du collectif [Transquinquennal], que font-ils pour que cela change ? Sont-ils prêts eux-mêmes à changer ? Il est temps de vous regarder en face, Messieurs ! »

Une scène toute en profondeur séparée en petits espaces : un petit salon, un tente surplombée d’un panneau « Man cave », des cages remplies de poussins qui piaillent doucement tout au long du spectacle… Finalement il n’y aura que très peu d’espace utilisé par les comédiens. Ils sont principalement à l’avant-scène où se trouve simplement une chaise. Un écran surplombe le tout. On y projette un extrait de vidéo, des photos d’illustration où des explications de vocabulaire.

Avec « Caliméro » trois hommes blancs dans la cinquantaine sont prêts à se regarder en face et se questionner sur leur statut de « dominant ». Belle promesse. Alors comment ça se passe ?

Au préalables, les trois comédiens ont rencontré des gens qui n’étaient pas eux donc des gens de moins de cinquante ans, pas blancs, pas hétérosexuels… Ils les ont nommés les inquisiteur.trice.s. Ils ont construit le spectacle sur base de ces entretiens.

Une fois sur scène, tour à tour, Bernard Breuse, Miguel Decleire et Stephane Olivier prennent place sur la chaise de l’accusé. L’intéressé est mis sur la sellette et est contraint de partager son point de vue et répondre aux questions des deux autres qui le mettent face à ses privilèges. Stéphane Oliver « souffre » de sa position de dominant, il n’a rien demandé. Bernard Breuse, amateur de littérature, ne possède et ne lit quasiment que des auteurs masculins. Il connait, par ailleurs Linda Lovelace, star du porno, mais pas Ada Lovelace, pionnière de l’informatique. Miguel Decleire nous parle, lui, de sa relation avec sa pharmacienne voilée, et l’hésitation qu’il aurait, par exemple, à lui demander des préservatifs…

Le spectacle est largement basé sur l’improvisation et les échanges avec le public. Il est donc différent chaque soir. À de nombreuses reprises les comédiens parlent de certains propos échangés avec le public lors de représentations précédentes. La pratique est étonnante, novatrice et prometteuse elle aussi, mais elle a des failles.

Le samedi 23 mars, le public n’était pas très réactif, ce qui semble avoir quelque peu déstabilisé les comédiens. L’entièreté du spectacle a donc été lourd et lent. Le manque de réactivité du public a également eu un effet sur les propos et les thèmes abordés. De la part des comédiens, on reste dans des discours habituels de personnes « dominantes » sans toujours chercher à déconstruire et entrer dans les détails. On passe de thématique en thématique, voulant brosser un panorama assez large mais en restant finalement toujours en surface. Attendait-on du public de réagir, creuser, gratter ou piquer ces trois hommes qui se donnent en pâture ?

Le spectacle ne semble pas finalement être le résultat d’une recherche auprès de ceux qui ont un autre point de vue sur leur position. Nous ne sommes pas dans un discours clair mais toujours en phase de réflexion. C’est en soi une bonne idée et un atout de laisser la parole ouverte à la réflexion mais malheureusement, dans ce cas-ci, on reste sur sa faim. On sort un peu déçu et déstabilisé par la fin abrupte du spectacle.

Sophie Decaestecker

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