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« DOM JUAN » : COMME UN ROAD-MOVIE

CRITIQUE. « Dom Juan » – Adaptation, Mise en Scène & Scénographie Benoît Verhaertau – Petit Varia, Bruxelles – du 12 au 16 mars 2019.

Benoît Verhaert s’attaque à Dom Juan, un des monstres sacrés du théâtre mais, dès le début, il est là sur scène et s’adresse directement au public, qui est, en grande partie composé d’adolescents : « je vais jouer Dom Juan en une heure trente, la pièce est dense alors soyez au taquet » et il ajoute « c’est ça notre marque de fabrique, on joue toutes les pièces en une heure trente ». Ça y est, il a créé la connivence avec le public. Et il n’y aura pas un téléphone qui vibre, ni ne frétille, et on n’entendra pas un chuchotement, on est emporté dans ce tourbillon d’aventures et de rencontres portées par le jeune et fougueux Dom Juan, magnifiquement incarné par Samuel Seynave.

Car oui, on est séduit par ce jeune libertin, en pantalon de cuir, qui manie l’épée aussi bien que la parole. Certains avaient vu en Dom Juan un homme dans la force de l’âge, comme Louis Jouvet ou Jacques Weber, mais ce tempérament combattif, c’est peut-être effectivement celui d’un jeune-homme, inconscient, qui se rit des institutions (la médecine, la religion), de l’autorité (son père) et des conventions. Quelle modernité ! On apprécie que le texte de Molière soit là restitué intact, tel quel, sans altération avec solennité lors de la rencontre avec l’ermite et avec humour lors du dialogue avec les paysannes dont le patois est parfois peu évident à comprendre. Dans cette célèbre scène des paysannes, le metteur en scène introduit de très belles marionnettes signées Odile Dubucq et que manipulent élégamment Audrey D’Hulstère (« Un tramway nommé désir », espoir féminin aux Prix de la critique) et Jean-Michel Destexhe.

Belle prouesse aussi que de donner vie à cette succession de personnages avec seulement quatre acteurs en scène, dont deux sont le couple Dom_Juan – Sganarelle. Masques, marionnettes, on salue l’ingéniosité de Benoît Verhaert qui restitue les scènes sous la forme d’un road movie, avec pour seul décor un écran qui montre tantôt la route qui défile, tantôt un tableau classique qui situe la scène, et trois valises. Le tout rythmé par la guitare électrique de Jean-Michel Destexhe.

Mais surtout, on admire ce goût pour le dialogue et la joute verbale propre aux deux personnages centraux que sont le maître et le valet, tantôt maître et tantôt valet, du fondateur du Théâtre de la Chute (créé en 2010). Ce dialogue va au-delà de la pièce et, comme il avait parlé au public au début, il s’adresse à lui à la fin pour l’inviter à rester dans la salle et parler avec les acteurs. Cette volonté de tisser des liens avec les spectateurs rappellent celui que l’on ressent au Festival d’Avignon, avec ce contact direct et généreux. Bravo et surtout ne manquez d’aller voir aussi « L’Etranger » d’Albert Camus et « On ne badine pas avec l’amour » d’Alfred de Musset* par la même troupe du Théâtre de la Chute.

Colombe Warin

Avec Audrey D’Hulstère, Jean-Michel Distexhe, Samuel Seynave, Benoît Verhaert

* L’Étranger (du 19 au 23 mars) et On ne badine pas… (du 26 au 30 mars)

Photo Isabelle Debeir

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