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« CRASH PARK » : MAIS OÙ SOMMES-NOUS TOMBÉS ?

CRITIQUE. « Crash Park. La vie d’une île » – De Philippe Quesne – Au Kaaitheater, Bruxelles les 22 et 23 février 2019.

Lors de deux soirées au Kaaitheater, Philippe Quesne nous emmène sur son île déserte pour une véritable épopée fantasmagorique.

Un piano jouant sans pianiste accueille les spectateurs dès leur entrée dans la salle. Des écrans de part et d’autre de la scène montrent les passagers d’un avion vaquer à leurs occupations. Déjà dès ce clip, une part de burlesque dans le jeu corporel des comédiens se fait sentir. Tous les passagers répètent exactement les mêmes mouvements en même temps. L’appareil entre ensuite dans la pénombre de la salle, porté à bout de bras par les comédiens et accompagné d’une musique digne d’un blockbuster hollywoodien. La montée en puissance de la tension dramatique créée par une telle ambiance visuelle et sonore abouti à la découverte du plateau. On y voit la carcasse de l’avion écrasé et une petite île circulaire. La scénographie est visuellement impressionnante et emmène rapidement à se plonger dans cet univers onirique.

C’est alors parti pour deux heures de spectacle presque exclusivement visuel. Les comédiens ne parlent quasiment pas, ils se lancent de temps en temps une phrase simple dans une langue ou l’autre. « Crash Park » est donc avant tout une fresque graphique et corporelle. Un spectacle de mime parfois grotesque ou absurde. En effet, il leur arrive tout et n’importe quoi à nos sept rescapés : ils découvrent l’île en la parcourant encore et encore ; ils changent de costume fréquemment (guenilles de naufragés, feuilles de bananier, vêtements retrouvés dans les valises et même costumes à la « Pirates de Caraïbes ») ; ils nous offrent un ballet à moitié nus, les pieds dans l’eau, etc. On s’enfonce ensuite de plus en plus profondément dans un univers irréel quand les néons du panneaux « OPEN » commencent à briller à l’entrée d’un bar, sur l’île déserte. C’est même bientôt en boite de nuit qui se transformera ce « bar de l’île ».

Visuellement, le décor et le travail corporel des comédiens est sans faille. La musique est omniprésente pour habiller ce spectacle muet. Simples mélodies au piano, musiques épiques construisant le suspense ou même chant lyrique. Philippe Quesne emmène les spectateurs dans un rêve complètement fou où tout est possible. Contrairement aux récits habituels de naufragés, sur cette île pas de problème de nourriture, de santé ou d’ennui. Nos Robinsons apprivoisent ce lieu qui n’a (presque) rien d’hostile.

Malheureusement, il est difficile de se renouveler avec des personnages quasi muets, coincés sur une île déserte… Chaque scène est tirée en longueur et le spectacle entier aurait gagné en dynamisme avec quelques minutes de moins par tableau. Il est également difficile de comprendre où le metteur en scène tente de nous emmener. Le tournant que prend la pièce lorsqu’un bar apparait sur l’île est difficile à suivre. « Crash Park » réussit à prendre le contrepied du mythe du naufragé et à construire un monde magique et fantasmé, mais pourquoi ? Certains, satisfaits par le rêve qui leur a été présenté, ne seront pas gênés par cette question sans réponse, mais elle peut également laisser, chez d’autres, un sentiment désagréable de perplexité.

Sophie Decaestecker

Avec : Isabelle Angotti, Jean-Charles Dumay, Léo Gobin, Yuika Hokama, Sébastien Jacobs, Thérèse Songue, Thomas Suire, Gaëtan Vourc’h

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