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« LOW/HEROES », UN VOYAGE ENVOÛTANT AU COEUR DE L’UNIVERS DE DAVID BOWIE

CRITIQUE. « Low/Heroes : Un hyper-cycle berlinois », David Bowie, Philip Glass, Renaud Cojo & Belgian National Orchestra (dir. Dirk Brossé) ; interprétation Bertrand Belin. Au Théâtre National Wallonie-Bruxelles du 7 au 9 février 2019.

Le temps de trois soirées, la grande salle du Théâtre National Wallonie-Bruxelles accueille le Belgian National Orchestra pour un voyage immersif dans le monde de David Bowie, Philip Glass et Renaud Cojo.

Dans les années 90, Philip Glass compose deux symphonies inspirées de « Low » et « Heroes », les deux premiers albums de la « trilogie berlinoise » de David Bowie. En 2015, Renaud Cojo, grand admirateur du chanteur britannique, réalise à son tour un film intitulé « Low », destiné à être accompagné de la symphonie de Philip Glass. Aujourd’hui, sur la scène du Théâtre National, ces deux œuvres sont rassemblées pour une soirée de concert multisensorielle.

Le spectacle se divise en trois parties. On commence par écouter la symphonie « Low » de Philip Glass interprétée par le Belgian National Orchestra, accompagnée de la projection simultanée du film de Renaud Cojo. Pour sa composition musicale, Philip Glass a travaillé sur une réinterprétation de certains motifs de l’album de Bowie. « Low » se divise en trois mouvements et dure 43 minutes au total. Les violons et la répétition presque incessante de courts fragments mélodiques, particularité de ce compositeur, entraînent immédiatement l’auditeur dans une atmosphère étrange et captivante. Ce sentiment d’étrangeté est amplifié par le film, projeté juste au-dessus de l’orchestre. Dans ce long métrage d’une quarantaine de minutes, Renaud Cojo filme son acteur Bertrand Belin pérégriner dans des immeubles en ruines et des décors plein de symbolisme. Une certaine beauté envoûtante se dégage de l’adéquation entre la musique et les images mais le film reste très énigmatique. On finit très vite par cesser d’essayer de comprendre pour se laisser porter par la musique et les images qui défilent.

Pour le second tableau, Bertrand Belin entre en scène pour lire le « Journal de Nathan Adler », texte écrit en 1996 par David Bowie en tant que livret de son album « Outside ». Nathan Adler est détective et fait partie de la « Art-Crime Inc. ». Il s’intéresse aux nouvelles formes artistiques qui mettent le crime au centre de la performance artistique. Au moment où il écrit son journal, Adler enquête sur la mort d’une jeune fille de 14 ans, Baby Grace Blue. D’un air désintéressé et nonchalant, Bertrand Belin énumère quelque « crimes artistiques » auxquels Adler a dû faire face. Le musicien Stef Kamil Carlens accompagne cette partie d’une reprise de « Art Decade », issu de l’album « Low » de Bowie. Au-dessus des deux hommes, le grand écran est à nouveau mis à contribution. On y projette tantôt le visage de Bertrand Belin, filmé en direct sur scène et incrusté dans des décors de lieux désaffectés ou en ruine grâce à un fond vert, tantôt des images issues du film « Low » projeté précédemment, tantôt des images anxiogènes de corps mutilés pour l’art. C’est seulement lors de cette seconde partie, pendant la lecture du journal d’Adler que le film du premier tableau prend sens. Renaud Cojo s’est en fait inspiré des écrits et des symboliques de David Bowie pour réaliser son long-métrage. L’association de la musique, du texte, de son interprétation et de la projection des images crée une ambiance très particulière et presque dérangeante mais propre à l’univers de David Bowie.

Enfin, après un court entracte, le Belgian National Orchestra revient interpréter la symphonie « Heroes » de Philip Glass. Elle est composée de six mouvements dont les thèmes correspondent à six pistes de l’album de David Bowie. À l’époque de l’écriture de son morceau, Philip Glass s’était associé à la chorégraphe américaine Twyla Tharp, pour en faire un ballet. Ici, la musique est accompagnée du travail chorégraphique de Louise Lecavalier, au visage androgyne rappelant celui de David Bowie, et son partenaire Frédéric Tavernini. Sur l’écran qui surplombe l’orchestre, les danseurs évoluent dans les mêmes décors que précédemment, des maisons en ruines et des lieux désaffectés.

« Low/heroes » au Théâtre National, c’est une expérience sensorielle. Une fresque en trois parties qui donnent un tout unique. Renaud Cojo plonge les spectateurs dans le monde étrange et torturé d’un artiste qu’il admire avec passion. Le temps d’une soirée on retourne dans la meilleure période de création de David Bowie, sa trilogie berlinoise. Les vidéos empreintes de l’expressionnisme de l’époque accompagnées des textes de l’artiste envoûtent complètement. Une soirée pour (re)découvrir aussi les deux symphonies de Philip Glass, superbement interprétées par le Belgian National Orchestra sous la direction de Dirk Brossé.

Sophie Decaestecker

Photo Xavier Cantat

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