Critique Opéra Spectacles Votre Week-End à Bruxelles

« LA GIOCONDA » (RE)VUE PAR OLIVIER PY : EROS ET THANATOS

CRITIQUE. « LA GIOCONDA » – AMILCARE PONCHIELLI – Mise en scène OLIVIER PY – Direction musicale PAOLO CARIGNANI – La Gioconda: BÉATRICE URIA-MONZON / HUI HE (30, 3, 6, 10) – en italien surtitré en français et néerlandais – La Monnaie-De Munt, Bruxelles – jusqu’au 12 février 2019 – durée 3h10 avec entractes.

La Gioconda, l’opéra le plus connu d’Amilcare Ponchielli (et peut-être le seul), se déroule dans la ville de Venise du XVIIème siècle, mais Olivier Py, le toujours surprenant Directeur du Festival d’Avignon, ne nous donne pas à voir une vision romantique de la ville avec ses églises et ses gondoles mais opte au contraire pour un décor noir et inquiétant.

Dès l’ouverture, un homme nu, des néons, une baignoire, et des acteurs qui pataugent dans l’aqua alta. Ce sera le cas pendant tout le spectacle. L’entrée est brutale, comme l’est le livret, « Angelo, tyran de Padoue » de Victor Hugo. Olivier Py, a su parfaitement se réapproprier par la mise en scène les quelques longueurs de cet opéra aux meurtres nombreux et aux rebondissements incessants. On le sait, Olivier Py est à la fois acteur, chanteur, metteur en scène, directeur de théâtre et on le découvre ici chorégraphe avec un goût prononcé pour les corps de jeunes éphèbes et de femmes peu farouches.

Ce qu’Olivier Py, qui connaît bien Victor Hugo, réussit parfaitement, c’est non seulement de chorégraphier les passages non chantés de l’opéra, mais aussi d’accompagner par des scènes parallèles jouées, les acteurs principaux, comme le très beau moment des retrouvailles d’Enzo et Laura. On notera la belle voix, puissante, parfois même un peu trop, de Stefano La Colla en Enzo.

Mais le centre de l’opéra c’est le personnage du Mal, incarné par Barnaba autour de qui gravitent les amoureux qu’il essaye de manipuler. Très bien interprété par le baryton italien, Franco Vassallo, à la tête du Conseil des Dix, sorte de milice fascisante, il est associé à cette tête de clown, qui n’est pas sans rappeler celle du livre de Stephen King. Celle-ci prend de plus en plus de place, jusqu’à occuper toute la scène de La Monnaie. Belle trouvaille, imposante et inquiétante, tout comme les autres trouvailles scéniques du paquebot tantôt voguant librement, tantôt en flammes, et surtout sa façon de transformer ce décor sinistre et oppressant, grâce à un habile jeu de lumières, en un lieu tantôt enchanté (vert) ou tantôt onirique (rouge). Cependant, dans cette mise en scène quasiment sans faute note, on regrettera la façon quelque peu systématique d’appeler les acteurs à monter sur les tables, peut-être un peu poussif pour certains.

Enfin, les Chœurs sont remarquables et on remercie Olivier Py de leur donner une belle présence sur scène, tout comme l’est la direction de Paolo Carignani parvenant à rendre l’œuvre dramatique sans jamais tomber dans le pathos. On y retournera pour revoir La Gioconda, interprétée par la soprano française, Béatrice Uria-Monzon.

Colombe Warin

Distribution ce soir-là:
La Gioconda BÉATRICE URIA-MONZON
Laura Adorno SILVIA TRO SANTAFÉ
Enzo Grimaldo STEFANO LA COLLA
Barnaba FRANCO VASSALLO

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Photos La Monnaie-De Munt Bruxelles

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