Critique Spectacles Théâtre

« LABORATOIRE POISON », UN THEÂTRE A DECOUVRIR

CRITIQUE. « Laboratoire poison » – d’Adeline Rosenstein – Du 29.01 au 2.02 à 20h30 – Théâtre de la Balsamine.

On peine un peu à trouver le théâtre de la Balsamine, situé à Schaerbeek, car les transports en commun sont rares mais, en arrivant, on n’est pas déçus : ce théâtre est installé dans les locaux des anciennes casernes Dailly. Il se dresse soudain, au détour d’une rue, sur la place, et on découvre sa haute forme rectangulaire entièrement recouverte de balsa, d’où le nom du théâtre. Le bâtiment a été rénové dans un style branché et convivial, à l’image de l’équipe jeune et dynamique qui le dirige et de son public, à l’unisson. Ceci est aussi dû aussi à la programmation : des pièces originales, contemporaines et engagées.

Et c’est le cas de Laboratoire Poison, conçu, écrit et mis en scène par Adeline Rosenstein, artiste allemande francophone, qui a grandi à Genève, où elle a suivi une formation de clown et étudié l’histoire des religions, avant de bifurquer vers le théâtre et la danse. Aujourd’hui Bruxelles est son port d’attache, et on se réjouit de la retrouver après son excellent « Décris-Ravage », présenté au Festival d’Avignon en 2016. Dans cette pièce, unanimement saluée par la critique, elle nous entraînait, sous une apparence brouillonne, de la conquête de l’Égypte aux empiétements européens sur l’empire ottoman. Cette fois-ci, Adeline Rosenstein exhume les documents du sociologue Jean-Michel Chaumont*, dans le cadre de sa recherche sur les codes de conduite de la lutte clandestine, et nous présente sa nouvelle création théâtrale documentaire.

Certes l’histoire n’est pas essentielle au théâtre mais Adeline Rosenstein, malgré une excellente troupe d’acteurs, nous égare quelque peu. Les scènes de ce groupe clandestin aux prises à une répression violente et même à la torture, se répètent et le public perd peu à peu le fil. Malgré l’originalité de l’approche et l’intérêt du sujet, le rythme s’estompe et le spectateur ne comprend plus qui parle, quelle « lettre » est lue. Pourtant l’idée de cette exploration historique et poétique du silence qui suit la violence était prometteuse.

A saluer cependant l’accompagnement musical essentiellement composé de sons et de bruits, magnifiquement mimés par les acteurs. On regrette cependant que ce soit la voix off (texte lu par Adeline Rosenstein elle-même sur scène – pas toujours convaincante dans ce rôle) qui prédomine tandis que les acteurs ne parlent quasiment pas ou juste marmonnent.

Décor minimaliste, pourquoi pas, avec un leitmotiv sur le thème des caisses d’archives. Mais, Adeline Rosenstein parvient-elle réellement, comme elle le dit, à « se poser sur scène et se dire : si moi je suis arrivée à démêler les fils, pourquoi pas vous ? ». Non, le spectateur, curieux et intrigué au départ, n’a pas réussi à entrer dans l’intrigue, qui a seulement été dévoilée à la fin du spectacle. Trop tard.

Point positif, Laboratoire Poison a permis de poser et de se poser la question : « entre trahir et se tuer, y a-t-il une autre possibilité ? ». Et après le spectacle, on se réconcilie avec le théâtre en mangeant sur place des plats bio et locaux, et en buvant une bière artisanale. Mon conseil : allez découvrir une prochaine création au Théâtre de la Balsamine !

Colombe Warin

Survivre à tout prix – Essai sur l’honneur » de Jean-Michel Chaumont

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