Critique Spectacles Théâtre Votre Week-End à Bruxelles

« MOUTOUFS », LA NOSTALGIE DES FLEURS D’ORANGER

CRITIQUE. « MOUTOUFS » par le Kholektif Zouf (écriture collective) – Mise en scène : Jasmine Douieb – assistant à la mise en scène : Alexandre Drouet – Du 31 janvier au 2 février 2019 La Vénerie / Espace Delvaux – 1170 Watermael-Boitsfort.

La genèse : Des cabines. Cinq cabines de photomaton. Ou peut-être sont ce des cabines d’essayage, voire téléphoniques ? Cabines multifonctions pour illustrer les histoires que nous narrent les cinq excellents comédiens dans Moutoufs. Cinq Belges avec en commun un père marocain. Ou le contraire, cinq Marocains avec en commun une mère belge. Sauf qu’ici, Jasmine Douieb, Myriem Akhedou, Hakim Louk’Man, Othmane Moumen et Monica Doueib (de leur vrais noms dans le spectacle) se sentent plus Belges que Marocains. « Une mise à nu » nous disent-ils. Aucune invention, juste la réalité. « Histoires vraies à la fois vécues et fantasmées ».

Petits, à l’école, on les appelle Moutoufs. Ce qu’ils ne sont pas, ou alors à moitié. Moutoufs, une insulte raciste, qui, aujourd’hui, les fait « marrer » ce qui n’a pas toujours été le cas. Mais comment s’identifier à un pays, le Maroc, alors que leurs pères ne le leur ont rien transmis? Ni la langue, ni la religion, ni la culture ni même leurs coutumes ou alors un pays découvert pour certains tard dans leur vie, pour d’autres durant les vacances d’été. Un pays dans lequel ils ne retrouvent aucun repère, si ce n’est la nostalgie de ce père marocain. «Bâtards dans le regard de l’autre », « apatrides ». D’un côté, une grand-mère raciste, de l’autre une grand-mère berbère tatouée ; cheveux, teint et physique aux couleurs du pays de la fleur d’oranger.

Le sentiment de honte les habite bien trop souvent. La recherche du « qui suis-je? ». Alors un jour, ils se retrouvent dans une cuisine, et décident de répondre, tant bien que mal, à leurs interrogations. Moutoufs devient leur mot de code, leur lien. « Essayer de remonter la rivière tel le saumon »: Car oui, nous disent-ils -non sans humour- au début de la pièce, « Moutoufs » aurait pu être remplacé par Ouananiche, petit saumon d’eau douce du Nord de l’Amérique. Le ouananiche, contrairement au saumon classique, est sédentaire. Il vit en eau douce, l’accès à la mer ne lui est pas bloqué, mais par préférant rester dans cet environnement qui l’a vu naître. Tout un symbole que nos cinq comédiens vont mettre magistralement en scène, tel un ressenti identitaire.

Une heure trente cinq captivante, émouvante, drôle, de pur bonheur, entre musique, danse, les interviews de leurs pères, le tout dans une excellente mise en scène de Jasmine Douieb assistée par Alexandre Drouet. Un spectacle où les immigrés, de toutes origines, pourront se retrouver, parfois même s’identifier.

Une équipe artistique qu’on ne demande qu’à revoir dans d’autres spectacles et qui n’en est pas à sa première scène: Jamisna Douieb, comédienne, metteuse en scène, de la Cie. « Entre chiens et loups », Prix de la critique en 2008 pour « Littoral » de Wajdi Mouawad. Monia Douieb, comédienne, metteuse en scène, doubleuse ou encore, chanteuse. Interprète dans « Le Songe d’une nuit d’été », « Cyrano », « Mister Bâtes » et bien d’autres. Othmane Moumen, comédien, avec une quarantaine de spectacles à son actif. Fondateur en 2012 (avec Michel Carcan) d’une compagnie théâtre « gestuel » qui fait le tour du monde avec «Doffice» ! ». Myriem Akheddiou, comédienne, parolière de certaines compositions de Pascal Charpentier, 2ème prix de la Biennale de la chanson française pour « Perrin et Jean-Mi» en 2008. Elle tourne également dans de longs-métrages, notamment pour les frères Dardenne. Et enfin, Hakim Louk’Man, comédien, partage son expérience professionnelle entre travail social et projets artistiques. Travaille au SAS (projet d’accrochage pour les jeunes en difficulté scolaire), en tant qu’animateur aussi à la Maison de Quartier des Cités Jardins. Depuis 7 ans, il mène avec Outhmane Moumen et Maria Abecassis, des ateliers avec des jeunes de Saint-Josse. Ateliers qui chaque année découchent au Théâtre « Le Public ».

Julia Garlito Y Romo,

La Vénerie / Espace Delvaux
Rue Gratès, 3
1170 Watermael-Boitsfort
02-663.85.50
info@lavenerie.be
http://www.lavenerie.be

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