CRITIQUE. Dominique A. en concert, Botanique, vendredi 25 janvier 2019 (première partie : Laëtitia Velma*). 

Dès le début du concert, Dominique A nous annonce la couleur : il est énervé. On ne saura pas pourquoi. Avec sa carrure de videur de boîte de nuit et ses airs de moine-soldat, il en impose : le public file doux et ne moufte pas. Pour passer ses nerfs, il part en croisade, une croisade pour la poésie —les deux premiers mots de ce concert. Seul en scène avec ses guitares et quelques pédales d’effets, il nous offre de grandes échappées sonores ; magnifiques, puis s’excuse « je chante fort car je suis énervé (…) Il faut parfois remettre les choses en place ».

Ce n’était pourtant vraiment pas la peine de s’énerver. Il joue ici quasiment à domicile (il a habité Bruxelles quelques années) avec un public conquis qui lui crie « Dominique on t’aime » ou « tu manques à Bruxelles ». Et c’est vrai qu’il prêche des convertis, qui aiment tout autant les moments les plus rock (Gisors, guitare saturée) et les chansons plus recueillies (Eléor). Le public bruxellois, pas bégueule, est tout entier acquis à la cause de ce fils unique d’un professeur du secondaire et d’une mère au foyer, qui a grandi en France, à Provins puis à Nantes. Il n’était pas revenu au Botanique depuis 4 ans.

Dans ses chansons, Dominique A parle beaucoup du temps qui passe. Sa belle (et unique) reprise d’Etienne Daho (En surface) a aussi des accents proustiens. Or, paradoxe à la Dorian Gray : le temps n’a pas de prise sur le chanteur. Son front rasé n’a pas pris une ride. Sa voix est forte, plastique et aussi impatiente que du temps de La fossette (1992). Il parcourt son désormais vaste répertoire avec autorité, dans un écrin d’éclairages sobres et de vidéos bucoliques quelque peu mystérieuses. Avec cet album « La Fragilité », le chanteur est seul en scène mais la régie son l’accompagne au plus près des chansons.

Et petit à petit —un retournement comme on les aime au théâtre— Dominique A se métamorphose, fort de cette présence chaleureuse, amoureuse de « son » public dans cette petite salle comble qui se prête aux confidences. Tout d’un coup, avec un énième passage de spectateur qui enjambe le premier rang pour sortir, l’auteur-compositeur-interprète fend la glace et sourit pour la première fois du concert : « vous avez vraiment très soif, vous ne vous demandez pas comment je fais, moi ?». On retrouve le Dominique A qu’on aime. Finalement rasséréné, il offre quatre rappels à une salle debout avec en cadeau final un Courage des oiseaux sans guitare, a capella et chorégraphié. En état de grâce.

* En première partie, Laëtitia Velma avait montré ses talents de mélodiste et ses moyens pianistiques certains, sur des textes peut-être trop naïfs. Un ensemble un peu poussif.

Colombe Warin

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