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« THYESTE » : THOMAS JOLLY CONVOQUE SES MONSTRES

CRITIQUE. « Thyeste » de Sénèque – Mise en scène : Thomas Jolly – Palais des Beaux-Arts de Charleroi – les Du 25/01/19 au 26/01/19,19

Evènement de l’édition 2018 du Festival d’Avignon, Thomas Jolly et sa compagnie « La Piccola Familia » parcourent depuis lors les pays européens avec leur dernière mise en scène, « Thyeste » de Sénèque. Peu de villes peuvent se prévaloir s’une scène aussi majestueuse et imposante que la Cour d’Honneur du Palais des papes d’Avignon et c’est donc tout naturellement que cette tournée offre une mise en scène retravaillée pour de nouveaux espaces de jeu.

Habitué aux effets en tous genres du jeune metteur en scène, nul ne sera surpris de voir sur scène se mêler un texte de 2 000 ans d’âge, quelques passages de rap en guise de chœur et autres effets lumières et sons très rock & roll. Effets sonores parfois même un peu trop présents privant les spectateurs d’une partie du texte.Thomas Jolly aime à nous montrer les monstres que nous sommes capables d’être et, quoi de plus logique, de nous les montrer dans leur plus simple humanité, dans leur plus noire simplicité.

D’une lignée vouée aux plus tragiques destinées, Atrée voue à son frère Thyeste une haine féroce, lui reprochant d’avoir séduit sa femme et volé la toison d’or, symbole de royauté et de pouvoir. Atrée imagine la plus sombre des vengeances et offre à son frère un banquet durant lequel il lui fait manger ses propres enfants.

Sans jamais sombrer dans le gore, Thomas Jolly offre une mise en scène dans laquelle le texte de Sénèque retrouve force et jeunesse. Alors que certains peuvent reprocher une certaine distance due au gigantisme de la Cour d’Honneur, la mise en scène gagne en proximité sur de plus petites scènes. Le spectateur se retrouve ainsi d’avantage plongé dans l’horreur et participe presque physiquement au banquet, comme présent à la table de deux monstres. Parfois agaçant par des côtés star des réseaux sociaux et de la communication, force est de constater que Thomas Jolly sait parler simplement de choses à priori complexes, il parvient avec légèreté et élégance à faire redécouvrir ces textes parfois exigeants. Nul ne doute que, même s’il impose un style qui peut parfois agacer certains dans sa recherche constante de jeunisme, sa vision forte et éclairante de chaque œuvre qui passe entre ses mains force le respect.

Sur scène les comédiens sont tous impeccables. Annie Mercier, formidable furie, pose dès l’ouverture la tragédie en devenir d’une voix profonde et rocailleuse. Émeline Frémont, en rappeuse à l’allure « zadiste », slame un chœur touchant, ponctuant l’horreur se déroulant sur scène. Enfin les deux frères, Thyeste et Atrée, joués respectivement par Damien Avice et Thomas Jolly, apportent pour l’un toute l’humanité d’un traître désireux de réconciliation et pour l’autre toute la haine et la soif insatiable d’une vengeance aveugle. Thomas Jolly prouve une fois encore qu’il sait s’entourer avec intelligence de ce qu’est le meilleur pour les œuvres qu’il aime à monter et à jouer.

Une excellente occasion cette année que de revoir cette mise en scène pour ceux qui ont eu la chance la découvrir cet été à Avignon et qui souhaitent comprendre ce en quoi la Cour d’Honneur influe sur la perception d’une œuvre et voir comment Thomas Jolly parvient à nous faire ressentir de nouvelles émotions dans des lieux plus conventionnels.

Pierre Salles

Photos A. Scotto / DR

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